À la rentrée 2026, près de 10 millions d’élèves, de la grande section de maternelle à la terminale, seront interrogés sur les violences sexistes et sexuelles qu’ils pourraient avoir subies. Une phrase qui, la première fois que je l’ai lue dans le dossier de presse du ministère de l’Éducation nationale, m’a fait relire deux fois pour être sûre d’avoir bien compris. Grande section. Ma fille a cinq ans, elle apprend encore à faire des boucles avec ses lacets et voilà qu’elle va, elle aussi, être interrogée sur un sujet que je pensais réservé aux plus grands, aux collégiens, aux lycéens qui ont déjà un peu de vécu et de vocabulaire pour en parler. Comme beaucoup de parents, j’imagine, cette annonce m’a d’abord semblé abstraite, presque lointaine. Puis j’ai compris qu’elle me concernait directement, cette rentrée-ci.

Quand j’ai découvert que ma fille de 5 ans était concernée

Je l’avoue sans détour : ma première réaction a été un mélange de surprise et d’inquiétude un peu diffuse. On associe souvent ces questionnaires sur le harcèlement ou les violences à des élèves plus âgés, capables de mettre des mots précis sur ce qu’ils vivent. Mais non, le ministère a tranché : le dispositif s’adresse à tous les élèves, de la grande section jusqu’à la terminale. Ma fille, avec son cartable trop grand et ses journées rythmées par la sieste et les activités manuelles, fait donc partie du public visé. En creusant un peu, j’ai réalisé que ce choix n’était pas anodin. Les violences sexuelles touchent aussi les très jeunes enfants, et parfois ce sont justement les plus petits qui ont le plus de mal à en parler, faute de mots ou par peur de mal faire. Ce constat, glaçant sur le papier, prend une tout autre dimension quand on pense à son propre enfant assis à son petit bureau, face à des questions adaptées à son âge mais bien réelles.

Ce questionnaire qui va bousculer 10 millions d’élèves dès la rentrée 2026

Ce nouveau volet ne sort pas de nulle part : il vient s’ajouter au questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire, déjà bien connu des équipes éducatives. La passation est prévue en novembre, période où les élèves répondent habituellement à cette enquête sur leur vécu à l’école. Le ministre Édouard Geffray a été clair sur les enjeux : “un enfant sur 10 est victime de violences sexuelles en France”, a-t-il rappelé, en évoquant des résultats qu’il redoute “sismiques”. Le questionnaire ne sera pas identique pour tous les âges, heureusement. Pour les plus jeunes comme ma fille, le vocabulaire et les situations évoquées seront différents de ceux proposés aux lycéens. Le contenu exact n’est d’ailleurs pas encore figé : il doit être élaboré avec les personnels scolaires, les associations de parents d’élèves et un comité d’experts, dont des pédopsychiatres. En attendant, on peut se référer aux précédentes enquêtes sur le climat scolaire, qui comportaient déjà des questions sur les insultes à caractère sexuel ou les violences physiques comme les attouchements. Un point rassurant tout de même : le questionnaire sera anonyme au départ, mais les élèves qui souhaitent en parler pourront communiquer leur identité pour rencontrer un adulte de confiance.

Comment aborder ce sujet délicat avec un enfant en grande section

Une fois passée la surprise, une question plus concrète s’est imposée : comment en parler avec elle, sans l’alarmer ni banaliser le sujet ? À cet âge, les enfants comprennent bien plus de choses qu’on ne l’imagine, à condition d’utiliser des mots simples et justes. Pas besoin de détailler ce que recouvre exactement le terme “violences sexuelles” : il suffit souvent de rappeler les bases du consentement corporel, à savoir que personne n’a le droit de toucher son corps sans son accord, et que si quelque chose la met mal à l’aise, elle peut et doit en parler à un adulte de confiance. Ce genre de discussion s’inscrit d’ailleurs dans la continuité de ce qu’on essaie déjà de transmettre au quotidien : le droit de dire non, l’importance de nommer les parties de son corps sans tabou, la confiance qu’elle peut avoir envers ses parents ou sa maîtresse. Le questionnaire à venir n’est finalement qu’un prolongement scolaire de ces conversations qu’on a, ou qu’on devrait avoir, à la maison. Pas de quoi dramatiser, donc, mais une bonne occasion de vérifier que le message est bien passé.

Ce qu’il faut retenir avant la rentrée prochaine

Alors que cette rentrée vient tout juste de commencer, voici les éléments essentiels à garder en tête pour les parents d’élèves, de la grande section au lycée.

  • Le questionnaire sera intégré à l’enquête annuelle sur le harcèlement scolaire, avec une passation prévue en novembre.
  • Il concernera près de 10 millions d’élèves, de la grande section de maternelle à la terminale.
  • Les questions seront adaptées à l’âge des enfants, avec un vocabulaire différent selon les niveaux scolaires.
  • Le dispositif sera anonyme au départ, mais les enfants pourront se signaler s’ils souhaitent parler à un adulte.
  • Le ministère s’attend à des résultats importants, avec 88 000 informations préoccupantes déjà émises en 2025 pour des violences sexuelles ou des défaillances parentales.

Ce dispositif s’inscrit dans le plan “Brisons le silence, agissons ensemble”, lancé en 2025 pour mieux recueillir la parole des élèves. Autant dire que ce n’est que le début d’une politique plus large de prévention à l’école, qui va probablement encore évoluer dans les mois à venir.

En repensant à cette annonce, je réalise que ma première réaction, teintée d’étonnement, laisse peu à peu place à une forme de soulagement. Que l’école se donne les moyens de repérer des violences que les enfants n’osent pas toujours raconter, même aux plus petits, me semble finalement aller dans le bon sens. Reste à voir comment ce questionnaire sera concrètement présenté aux enfants de grande section, et surtout, comment nous, parents, saurons accompagner cette étape sans transformer un outil de protection en source d’angoisse supplémentaire.

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