Résultat : le mercredi après-midi, la mamie qui attendait sagement ses petits-enfants avec un plateau de goûter et ses aiguilles à tricoter a quasiment disparu du paysage familial. À sa place, on trouve une grand-mère qui termine sa journée de travail, un grand-père qui sort de sa séance de sport, ou des deux qui répondent sur WhatsApp depuis leurs vacances. À 60 ans aujourd’hui, être grand-parent ne ressemble plus du tout à ce que cette génération a elle-même connu avec ses propres aïeux. Entre carrières qui se prolongent, envies de liberté bien légitimes et un attachement toujours aussi fort à leurs petits-enfants, ces nouveaux grands-parents inventent un modèle inédit, loin des clichés du fauteuil et des chaussons. Et si cette transformation, plutôt que d’éloigner les générations, était justement en train de les rapprocher autrement ?

À retenir
  • Les grands-parents de 60 ans concilient carrière, loisirs et sport avec leur rôle auprès des petits-enfants, sans culpabiliser.
  • Ils utilisent WhatsApp, s'intéressent aux mangas et réseaux sociaux, et participent à des ateliers numériques intergénérationnels, alors que 88 % des parents se disent à l'aise avec le numérique.
  • Ils cherchent à offrir écoute et confiance complémentaires plutôt que de se substituer aux parents, un dialogue renforcé par des colloques prévus en 2026.

Ils jonglent entre carrière, loisirs et petits-enfants sans complexe

Le portrait type du grand-parent a bien changé. Aujourd’hui, on devient souvent grand-parent après 50 ans, en pleine activité professionnelle, avec un agenda déjà bien rempli entre travail, sport et projets personnels. Cette génération refuse de mettre sa vie entre parenthèses au profit d’une disponibilité totale envers les petits-enfants, et elle n’a plus vraiment besoin de s’en justifier. C’est le cas de Marie-Annick, mère de trois enfants et grand-mère de trois petits-enfants âgés de 8, 16 et 21 ans, qui participe à des ateliers d’échanges entre grands-parents pour mieux naviguer entre ses propres principes éducatifs et ceux de ses enfants. Loin d’être en retrait, elle reste très investie émotionnellement, tout en préservant son rythme de vie. Cette envie de profiter pleinement de cette période, sans pour autant relâcher le lien affectif, résume assez bien l’état d’esprit des sexagénaires actuels : présents, mais sur leurs propres conditions.

Whatsapp, mangas et réseaux sociaux : leur botte secrète pour rester connectés

Fini l’image du grand-parent largué par la technologie. Marie-Annick garde par exemple un contact quasi quotidien via WhatsApp avec sa petite-fille de 21 ans partie étudier en Suède, échange sur les mangas avec celle de 16 ans tout en lui glissant des conseils de prudence sur les réseaux sociaux, et multiplie les sorties au muséum avec son petit-fils de 8 ans, passionné de serpents. Cette appétence numérique n’est plus une exception : dans une communauté de communes bretonne, des ateliers numériques réunissent désormais parents et grands-parents pour apprendre ensemble à utiliser les médias, l’intelligence artificielle, ou encore à gérer le temps d’écran et les réseaux sociaux, accompagnés par une conseillère numérique et des associations jeunesse. Le constat est clair : 88 % des parents se disent aujourd’hui à l’aise avec les outils numériques, un environnement jugé presque banal dans les familles, et près de deux tiers d’entre eux (65 %) utilisent même les écrans comme récompense après un effort de l’enfant. Des dispositifs comme Pix Parentalité numérique, disponible depuis la rentrée 2024, ou encore le numéro national 3018 contre le harcèlement numérique, viennent compléter cette panoplie d’outils à destination de toute la famille, grands-parents inclus. Une nouvelle charte Parents-École doit d’ailleurs voir le jour à la rentrée, preuve que le numérique intergénérationnel devient un vrai sujet de société.

Trouver sa juste place sans effacer les parents : le nouvel équilibre familial

Être plus jeune, plus connecté et plus présent ne suffit pas : il faut aussi savoir se positionner sans empiéter sur le rôle des parents. Marie-Annick l’a bien compris et évoque régulièrement avec ses enfants les différences de choix éducatifs, par exemple sur la question des écrans, plus stricte chez sa belle-fille, une position qu’elle dit respecter pleinement. Jasmine, 22 ans, a de son côté grandi très proche de ses grands-parents paternels, âgés de 65 et 67 ans, qu’elle décrit comme jeunes et ouverts : vacances au bord de la mer, jeux de société, crêpes partagées… Des souvenirs simples mais marquants. À l’adolescence, période plus tendue avec ses parents qui resserraient les règles, elle a trouvé chez ses grands-parents un espace différent, presque un refuge. C’est justement ce rôle de protection à distance qui semble définir le nouvel équilibre familial : les grands-parents ne cherchent plus à éduquer à la place des parents, mais à offrir une écoute et une confiance complémentaires, un espace de parole où l’enfant peut dire ce qu’il ne dirait pas ailleurs. Ce dialogue entre générations, appuyé par des colloques et rencontres organisés en 2026 réunissant professionnels du médical, du social et de l’éducatif, s’impose progressivement comme la clé pour éviter les malentendus, souvent liés à des intentions bienveillantes mal exprimées plutôt qu’à un réel désaccord.

Des grands-parents connectés, actifs et présents autrement : voilà le vrai visage de cette génération qui réinvente la transmission. Loin de s’effacer, elle s’adapte, apprend les codes numériques de ses petits-enfants, et transforme cette curiosité en véritable outil de complicité et d’accompagnement au quotidien. Reste une question qui mérite d’être posée en famille, dès maintenant : et si le prochain grand pas, c’était justement de parler ensemble, parents et grands-parents, de la place que chacun souhaite occuper auprès des enfants ?

Notez ce post