La télévision allumée en permanence dans le salon, même sans que personne ne la regarde vraiment, fait partie du décor dans de nombreux foyers français, et particulièrement chez les grands-parents. Un dessin animé en fond sonore pendant que les petits-enfants jouent au sol, quelques programmes du matin qui continuent de tourner pendant le petit-déjeuner, une chaîne d’info allumée toute la journée pour « avoir de la compagnie » : ces habitudes paraissent anodines, voire bienveillantes. Pourtant, derrière cette télévision qu’on ne regarde que du coin de l’œil se cache un phénomène bien documenté, qui mérite qu’on s’y attarde sans dramatiser ni culpabiliser personne. Car si papy et mamie pensent sincèrement respecter les recommandations sur les écrans, il arrive que les deux générations ne parlent tout simplement pas de la même exposition.
- La télévision en fond sonore interrompt l'activité de l'enfant et gêne le développement de sa concentration, même s'il semble absorbé par son jeu.
- Une télévision allumée en continu réduit d'environ 20 % les interactions verbales entre adultes et enfants dans la pièce.
- Éteindre l'écran pendant le jeu et les repas, et lui réserver un créneau précis comme la sieste, permet de préserver à la fois les échanges et le plaisir télévisuel.
Ce que la science dit vraiment du bruit de fond télévisuel sur le cerveau de l’enfant
On imagine souvent qu’un enfant absorbé par ses jouets ignore complètement la télévision allumée derrière lui. Dans les faits, son cerveau, lui, ne fait pas autant la différence. Le site Santé publique France consacré aux 1000 premiers jours est clair sur ce point : cette télévision de fond peut interrompre l’activité de l’enfant et gêner l’apprentissage de la concentration, même lorsqu’il semble totalement plongé dans son jeu. Chaque changement de scène, chaque musique, chaque voix qui surgit de l’écran capte une partie de son attention, l’oblige à se réorienter, puis à revenir à son activité. Ce va-et-vient invisible, répété des dizaines de fois par heure, fatigue des capacités d’attention encore fragiles. La recommandation est donc simple sur le papier, même si elle demande un peu d’organisation dans la pratique : éteindre la télévision lorsque le bébé ou le jeune enfant joue dans la pièce. Il ne s’agit pas de diaboliser l’écran ni de compter le nombre de dessins animés autorisés par semaine, mais bien de repenser le fonctionnement sonore de la pièce où l’enfant évolue.
Moins de mots, moins d’échanges : comment la télé coupe le lien entre grands-parents et petits-enfants
Le vrai sujet n’est pas seulement ce qui se passe dans la tête de l’enfant, c’est aussi ce qui ne se passe pas entre lui et l’adulte qui l’accompagne. Une télévision allumée en continu, même en arrière-plan, diminue d’environ 20 % les interactions verbales entre les adultes et les enfants présents dans la pièce. Vingt pour cent, c’est énorme quand on sait à quel point ces échanges du quotidien, les commentaires sur une tour de cubes qui s’effondre, les questions posées pendant un repas, les petites phrases qui n’ont l’air de rien, sont justement le carburant du développement cognitif et du langage. Chez les grands-parents, ce phénomène passe souvent inaperçu, car la télévision fait partie du paysage sonore depuis toujours, un peu comme une présence familière et rassurante. Mais pendant que l’écran parle, papy ou mamie parle un peu moins, commente un peu moins ce que fait l’enfant, répond un peu plus distraitement à ses sollicitations. Ce n’est pas une question de manque d’attention ou d’amour, loin de là, c’est simplement que le bruit de fond grignote discrètement l’espace de parole disponible.
Des solutions simples pour que les visites chez papy et mamie riment avec jeu et complicité
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire de bannir la télévision de la maison des grands-parents pour changer la donne. L’astuce consiste à discuter du fonctionnement de la pièce plutôt que d’imposer un quota de minutes d’écran, ce qui passe beaucoup mieux et évite les crispations inutiles. Concrètement, cela peut se traduire ainsi :
- Éteindre la télévision pendant les temps de jeu libre et pendant les repas, même si personne ne la regarde vraiment
- Réserver un programme précis à un autre moment de la journée, par exemple pendant la sieste de l’enfant
- Proposer une activité à deux dès l’arrivée, comme un puzzle ou une pâte à modeler, pour remplacer naturellement le réflexe d’allumer l’écran
- Installer un petit rituel sonore différent, une radio douce ou simplement le silence, pour habituer la pièce à exister sans fond télévisuel permanent
Pour mieux visualiser l’impact de chaque option, voici un comparatif simple entre différentes habitudes possibles chez les grands-parents.
| Habitude | Avantage | Limite |
|---|---|---|
| Télévision allumée en continu | Simplicité, aucune organisation nécessaire | Réduit les échanges verbaux et la concentration de l’enfant |
| Télévision éteinte pendant le jeu uniquement | Préserve l’attention et stimule le dialogue | Demande d’y penser systématiquement |
| Programme réservé à un créneau précis | Conserve un plaisir partagé sans impact sur le jeu | Nécessite de caler un horaire adapté à la routine de l’enfant |
L’idée n’est pas de culpabiliser les grands-parents, qui agissent toujours avec beaucoup d’amour, mais de leur donner des repères concrets et faciles à mettre en place. Une fois que la différence entre « télévision éteinte pendant le jeu » et « télévision en sourdine toute la journée » est bien comprise, le reste suit naturellement, souvent avec enthousiasme, car tout le monde a envie de profiter pleinement de ces moments de complicité.
Au fond, ce sujet de la télévision de fond raconte surtout une chose assez belle : l’envie commune, chez les parents comme chez les grands-parents, d’offrir à l’enfant le meilleur de leur présence. Il ne s’agit pas de pointer du doigt des habitudes installées depuis des décennies, mais simplement d’ouvrir la discussion avec douceur, en expliquant le pourquoi plutôt qu’en imposant une règle froide. Un enfant qui joue par terre avec son grand-père, sans écran allumé en arrière-plan, pour échanger un regard, un mot, un éclat de rire, c’est souvent bien plus précieux qu’un dessin animé que personne ne regarde vraiment.

