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Mon amie a toujours détesté ses neuf mois de grossesse : j’ai jugé pendant des années avant de comprendre pourquoi elle n’était pas la seule

Il y a des amitiés qui vous mettent face à vos propres angles morts. La mienne, avec Camille, m’a appris que je pouvais être bienveillante en apparence et terriblement dure en silence. Pendant longtemps, je l’ai regardée avec incompréhension. Comment pouvait-elle détester chaque instant de sa grossesse alors que tant d’autres la décrivaient comme un état magique ? Ses plaintes me semblaient exagérées, presque indécentes. Il m’a fallu des années, et quelques conversations bouleversantes, pour saisir qu’elle était loin d’être un cas isolé, et que mon jugement en disait long sur les tabous qui entourent encore la maternité.

Derrière le mythe de la grossesse épanouie, une réalité bien plus sombre pour une femme sur dix

On nous a vendu l’image de la future maman rayonnante, main posée sur le ventre, sourire béat, glow hormonal à faire pâlir les filtres Instagram. Sauf que cette carte postale ne colle pas à toutes les réalités. Environ une femme enceinte sur dix vit ses neuf mois comme une épreuve, parfois même comme un rejet pur et simple de cet état. Ces femmes existent, elles sont nombreuses, et pourtant elles se taisent. Parce qu’oser dire « je déteste être enceinte », c’est risquer le regard désapprobateur, la petite phrase assassine du genre « profite, c’est si court », ou pire, ce soupçon glaçant : et si tu n’aimais pas ton bébé ? Camille, elle, a encaissé tout cela, y compris de ma part. Et j’en garde encore une pointe de honte.

Corps qui échappe, nausées interminables, contrôle qui s’effrite : les vraies raisons d’un rejet qu’on n’ose pas nommer

Quand on gratte un peu, on comprend vite que détester sa grossesse n’a rien d’un caprice. C’est une somme de bouleversements que le corps et l’esprit subissent parfois sans consentement intérieur. Voici ce qui revient le plus souvent dans les confidences des futures mamans en souffrance :

  • Un corps méconnaissable, qui change de forme, de poids, de repères, et qu’on n’a plus l’impression de posséder.
  • Des nausées et vomissements interminables, parfois bien au-delà du premier trimestre, qui transforment chaque journée en épreuve.
  • Une fatigue écrasante qui vide de toute énergie, y compris celle de faire semblant.
  • La perte de contrôle sur son quotidien, son sommeil, ses envies, sa libido, son humeur.
  • L’angoisse permanente pour le bébé, pour l’accouchement, pour l’après.
  • Le regard des autres, les commentaires non sollicités sur le ventre, les mains baladeuses, les injonctions à rayonner.

Pour mieux visualiser le décalage entre le mythe et le vécu, ce petit tableau résume ce que beaucoup de femmes n’osent formuler à voix haute :

Ce que la société attendCe que certaines femmes ressentent
Un glow lumineuxUn teint gris, des cernes, de l’acné
La plénitudeUn vide, une angoisse, un étranger dans le ventre
Des envies de fraisesDes nausées permanentes, des dégoûts alimentaires
Le lien immédiatUne distance qui met parfois des mois à se combler
La fierté du corps qui créeLe sentiment de perdre son corps, son identité

Détester sa grossesse n’empêche pas d’aimer son enfant, et il est temps d’arrêter de culpabiliser ces mères

Voilà sans doute le message le plus important à faire passer, surtout en cette période estivale où les ventres ronds s’exposent à la plage et où les remarques fusent plus qu’ailleurs : rejeter l’état de grossesse ne présage absolument pas d’un défaut de lien avec l’enfant à venir. Ce sont deux histoires distinctes. On peut détester être enceinte et être une mère profondément aimante. On peut vivre neuf mois de calvaire et fondre littéralement à la première tétée. Ce que ces femmes attendent, ce n’est ni une leçon ni un « courage, c’est bientôt fini », mais une écoute simple, un mot qui ne juge pas, une main qui tient la leur quand elles vomissent pour la vingtième fois de la journée. Si vous êtes concernée, quelques pistes concrètes peuvent alléger le quotidien :

  • Nommer ce que vous ressentez auprès de la sage-femme ou du médecin qui vous suit, sans édulcorer.
  • S’entourer de personnes qui valident vos émotions plutôt que de les minimiser.
  • S’autoriser à ne rien préparer les jours où vous n’en pouvez plus, la chambre bébé peut attendre.
  • Fuir les réseaux et leurs grossesses filtrées si elles amplifient votre malaise.
  • Demander de l’aide psychologique sans attendre, notamment si l’angoisse ou la tristesse s’installent durablement.
  • Se rappeler que c’est temporaire, même quand chaque semaine semble durer un mois.

Aujourd’hui, quand j’entends une future maman confier qu’elle vit mal ces neuf mois, je ne hausse plus les sourcils. J’écoute, je valide, et je me souviens de Camille qui, une fois son bébé dans les bras, m’a soufflé : « Je déteste être enceinte, mais je l’aime plus que tout. » Deux vérités qui peuvent parfaitement cohabiter, pour peu qu’on cesse de juger. Et vous, combien de mères avez-vous croisées qui portaient ce secret sans oser le dire ?

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