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J’ai ressorti mes sujets du bac de 1992 pour clouer le bec à mon fils : quand il m’a tendu son épreuve de cette année, j’ai préféré me taire

On a tous un jour succombé au cliché tenace du fameux diplôme prétendument bradé et du mythique « de mon temps, c’était tout de même une autre paire de manches ». En cette fin d’année scolaire, alors que la douceur des premiers jours d’été s’installe, j’ai fièrement exhumé du grenier mes annales cornées et jaunies par le temps. Avec la certitude un peu complaisante d’une mère qui a roulé sa bosse, je comptais bien donner une bonne leçon d’humilité à mon adolescent de fils pour clouer le bec à ses plaintes concernant le lycée. Sûre de mon fait, j’étais prête à lui démontrer la supériorité intellectuelle de notre époque bénie. Mais lorsqu’il m’a exposé sa réalité de lycéen et ses propres échéances avec un calme olympien, mon sourire narquois s’est très vite effacé, m’obligeant à un silence résigné.

Mon coup de pression de quatre heures sur table ne fait pas le poids face à son angoisse étalée sur deux ans

À notre époque, nous jouions notre survie académique sur une poignée de jours d’épreuves à quitte ou double. Une montée d’adrénaline, beaucoup de caféine, et tout était plié. Aujourd’hui, l’évaluation est devenue une compagne de route perpétuelle et étouffante. Mon fils m’a expliqué que la moindre de ses interrogations écrites compte pour son avenir, transformant son cursus en une course de fond épuisante où le droit à l’erreur a disparu. Là où je pouvais m’autoriser quelques trimestres en roue libre avant le traditionnel bachotage intensif du printemps, il vit sous la menace constante d’une moyenne trimestrielle qui dégringole. Cette injonction au travail continu crée une charge mentale écrasante pour ces jeunes, bien loin de la désinvolture que le baromètre des adultes blasés aime à leur prêter.

Le piège des taux de réussite records qui dissimulent la dictature du bon comportement et du bulletin parfait

On entend souvent souffler dans les dîners en ville que le précieux sésame est donné à n’importe qui ces jours-ci. Il est vrai que, globalement, la moyenne au bac dépasse 85 % de réussite grâce au contrôle continu et à des épreuves finales réduites. Seulement voilà, ce chiffre impressionnant est un miroir aux alouettes. Derrière cette façade de facilité administrative, le couperet tombe ailleurs : la sélection post-bac se joue surtout sur les notes de Première et de Terminale, l’assiduité et les appréciations. Ce n’est plus seulement une réflexion sur quatre heures de philosophie qui est jugée, mais la docilité, l’absence de retards et l’irréprochabilité de l’élève. C’est le triomphe de la méritocratie du bon comportement, une pression insidieuse qui ne dit pas son nom.

La véritable épreuve ne se passe plus au mois de juin mais dans les algorithmes de l’enseignement supérieur

Le coup de grâce dans ma tentative de leçon de morale est tombé quand j’ai compris que le diplôme en lui-même n’est même plus l’objectif final. La véritable angoisse, celle qui donne des sueurs froides aux élèves à l’approche de l’été, se trouve dans le ventre opaque des algorithmes d’affectation. Des mois avant d’entrer sereinement dans une salle d’examen, leur sort est scellé par une machine froide qui trie, classe et rejette les dossiers avec une efficacité redoutable. Fini le frisson romantique des larmes de joie devant les grilles du lycée ; la tension se vit en solitaire, derrière un écran rafraîchi frénétiquement dans l’espoir d’une admission, reléguant le statut bachelier à un simple prérequis technique.

J’ai sagement replacé mes vieux sujets de philosophie dans leur carton en lui tapant amicalement sur l’épaule. Si notre génération a connu la peur d’un examen final couperet, la sienne subit une évaluation permanente et impitoyable de ses moindres faits et gestes, me rappelant sans ménagement que chaque époque invente ses propres méthodes de torture scolaire. Face à la complexité vertigineuse de leur quotidien, ne devrions-nous pas ranger nos discours nostalgiques pour, enfin, saluer la résilience stupéfiante de ces adolescents de l’ère du contrôle continu ?

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